Trente minutes à la prison de Lomé: choses vues, choses entendues

La prison n'est plus très loin du citoyen au Togo. Si certains comme Kpatcha Gnassingbé, Eugène Attigan y sont aujourd'hui; d'autres peuvent y être demain.

La prison n’est plus très loin du citoyen au Togo. Si certains comme Kpatcha Gnassingbé, Eugène Attigan y sont aujourd’hui; d’autres peuvent y être demain.

En visite auprès du confrère journaliste Bonéro Lawson à la prison civile de Lomé ce mardi 14 mai 2013, j’ai aussi vu les Kpatcha Gnassingbé, Eugène Attigan, Mohamed Loum, pasteur Gogoua (refugié ivoirien)…et entendu des choses.

Après avoir appris son transfèrement à la prison civile de Lomé dans la matinée de mardi, les organisations de presse membres de la synchronie des professionnels de la Communication du Togo ont décidé de lui rendre visite le même jour pour s’enquérir de ses nouvelles. D’où ma présence aux côtés d’autres confrères à la prison civile de Lomé cet après-midi de mardi.

Il sonnait quinze heures et demie quand nous franchissions les trois ou quatre barrières de sécurité qui donnent accès à la cour de la prison. « Ah voilà Kpatcha Gnassingbé qui nous regarde », signale un confrère de notre délégation. Il a raison. Le demi-frère de Faure Gnassingbé condamné avec plusieurs autres codétenus dans une sombre affaire coup d’Etat était visible depuis une pièce dont les fenêtres s’ouvrent sur la cour. Lui, compte déjà quelques années d’expérience dans cette chaleur.

Bonéro Lawson, ce nom est encore très peu connu ici. Il vient fraîchement d’être déféré ce matin même. Pas si compliqué en tout cas de l’avoir. Avec le titre (journaliste) et le nom, on nous l’a retrouvé facilement. Pour une trentaine de minutes de conversation.

A côté, voici un autre visage bien connu. Eugène Attigan cet ancien animateur de la Télévision Togolais (chaîne nationale) qui, lui aussi, depuis des années, est en prison dans une autre sombre affaire de trafic de drogue. Le moral semble plutôt au point. D’ailleurs comme celui de notre confrère qui n’a rien perdu de sa vivacité.

Avec Bonéro, on évoque rapidement l’objet de notre visite, avant qu’il ne sonne 16h et qu’on ne vienne nous faire sortir. En bref, le confrère nous explique que c’est une gifle qu’il a donnée à un photographe (il est écrit « revendeur » sur sa carte d’identité) en marge d’une messe consacrée à l’élève Anselme Gouyano Sinandaré tué à Dapaong par balle, qui l’envoie derrière les barreaux. Officiellement. Mais on apprend également que lors de sa détention de quelques jours au Service de Recherche et d’Investigations (SRI) de la Gendarmerie le journaliste a bien été interrogé par des Officiers de Police Judiciaire sur deux de ses articles sur le tribalisme dans l’administration publique et sur les concubines (on ne lui connaît pas de femmes) de Faure Gnassingbé.

Dans le bureau du Procureur de la République (2e Substitut) il a passé bien moins de cinq minutes avant d’être jeté en prison pour « violence ». Tout court. Qui voudras qu’autrui lui donne une paire de gifle impunément ? Pas moi en tout cas. Mais, envoyer quelqu’un en prison pour si peu, me désole particulièrement. Si tous les gifleurs devraient se retrouvaient en prison, l’administration pénitentiaire ne trouverait pas de place pour les accueillir, à mon avis. Autrement, il y a longtemps que les commissaires Sama et son collègue Babarim seraient depuis derrière les barreaux pour avoir fait assommer ou donné un coup de coude à un journaliste. Toutes ces personnes qui giflent quotidiennement femmes, enfants, élèves, employés, collègues, d’amis…devraient déjà remplir nos prisons. Qu’on s’entende bien. NUL n’a le droit de gifler autrui pour quoi que ce soit, encore moins un journaliste. Mais cette affaire de Bonéro dans laquelle j’apprends que les plaignants me cite comme témoin, constitue encore pour moi un nième alibi pour embastiller un citoyen dont les opinions dérangent et qu’on supporte mal de voir en liberté. Encore une fois, il ne s’agit pas de plaider pour une impunité à un citoyen qui s’est rendu coupable d’un acte répréhensible.

D’ailleurs, même si le concerné lui-même reconnaît avoir administré une gifle au photographe Assinelou Kokou, moi je n’en ai pas été témoin. Mais je n’en doute pas non plus. J’ai par contre suivi des altercations entre le photographe et Bonéro et d’autres personnes assurant la sécurité lieux. Je reconnais avoir demandé qu’on ne touche pas aux images sur l’appareil et avoir récupéré ledit appareil que j’ai remis plus tard à Augustin Amega (un des responsables de la Synchronie des organisations de presse) à qui j’ai proposé de le remettre à son propriétaire Tony Sodji. Ce dernier, m’a-t-on rapporté plus tard, avait refusé de récupérer son matériel, menaçant de trainer Bonéro partout où il veut. Ce qu’il fait naturellement maintenant.

Toujours dans la même affaire, j’apprends que le même Tony a agressé quelques jours plus tard à son tour l’agresseur de son collaborateur, Bonéro. Ce dernier dit avoir fait constater ses vêtements déchirés lors de son agression par un huissier. Il dit avoir aussi porté plainte à son tour, etc.

L’essentiel est dit. Retenez que Bonéro est en prison depuis mardi 14 mai pour une gifle. Mardi soir, le plaignant qui a attendu qu’il soit inculpé et transféré en prison retire sa plainte. Attendons de voir si l’inculpé sera libéré ? Sinon, vous aurez compris.

Ah j’ai failli oublier, nous avons vu aussi, mais de loin, Mohamed Loum visiblement isolé. Depuis sa cellule, il a pu identifier un des nôtre qu’il a salué en lui agitant les mains. Vous connaissez son histoire. Il a révélé avoir été manipulé par des officiers de Gendarmerie pour accuser injustement l’opposition dans l’affaire d’incendies du grand marché de Lomé.

Enfin, durant mon bref passage, J’ai pu reconnu également un refugié ivoirien, pasteur, du nom de Gogoua dont la femme avait été bastonné la veille des émeutes dans le camps des réfugiés à Lomé, il y a quelques jours. Le même pasteurs, quelques semaines plus tôt, avait déjà fait l’objet d’un enlèvement suivi de détention par la Gendarmerie. C’est en tout cas  ce qu’il nous avait lui-même révélé quand il avait été libéré. Sa femme est la présidente des femmes du camp des refugiés ivoiriens. Le mari doit être aussi un cadre de la comunauté. Leur sort est doublement triste, refugié mais encore en prison. Togolaisement quoi!

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5 réponses à “Trente minutes à la prison de Lomé: choses vues, choses entendues

  1. hummm très triste. J’ai même pas de mots pour qualifier la situation socio-politico-judiciaire dans mon pays. A quand la libération, Dieu jusqu’à quand allons nous subir l’injustice? Hummmm.

  2. DU COURAGE MAXIME ET SOIS PRUDENT!

  3. c’est vraiment triste avec les corruptions, les manipulations de notre justice, le pays que Sylvanus Olympio a tend rêvé. Un petit Amérique et Allemagne en Afrique noire. Seule Dieu est notre sauveur!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    Il nous délivrera, si nous croyons vraiment en sa puissance. Courage Persevérance et Confiance.

  4. Ils sn partout autour d nous com ds eagles afames cherchen forme et ame pour devorer. Je pens bcoup a l’avenir d ns enfants ds 1 pays ou certain st audesus d la lois

  5. Sache que je taime tres fort mon eugene je tattend dehors apres la prison il y a une vie ds kel famille il y a pas de prisonniers je taime ta cherie

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