TOGO sous GNASSINGBE: 8 ans de FAURE, comme jamais 38 ans d’EYADEMA

ImageHuit déjà ? C’est juste comme hier. C’était le 05 février 2005 que le Togo a connu ce que le Premier ministre d’alors Koffi Sama a appelé une « catastrophe nationale ». Un homme qui a régné, de mains de fer,  pendant 38 ans disparaissait, brutalement. Personne (ou presque) n’a vu venir cette « catastrophe », puisque, nous-t-on, le « Timonier » n’est jamais malade.

Beaucoup étaient envahis par un sentiment très étrange. Est-ce un nouveau coup du pouvoir ? Que nous réserve la suite ? Est-ce la fin ou un REcommencement ? Très vite ces questions trouveront de réponses. Le pouvoir organisera coup sur coup des coups d’Etat militaire, constitutionnel et un massacre pour imposer le « fils du père ». Jamais un mort n’a entrainé autant de mort sur la « Terre de nos aïeux ». Au moins 500 personnes ont péri durant le processus d’imposition de la succession. Faure Gnassingbé, jusque-là pas trop connu (comparé à d’autres fils comme le militaire Ernest et le civil Kpatcha), prendra le pouvoir, dans un bain de sang.

Huit ans après, pas grand-chose n’a changé. L’Alternance à laquelle tout un peuple aspire tant depuis autant de décennies n’aura pas lieu. Le pouvoir est resté entre les mêmes mains, seulement rajeunies (pour être plus précis). Un Gnassingbé est à la tête, entouré de son clan. Ça continue d’enfermer arbitrairement, de torturer, de menacer, de piller, de… tuer aussi. Un co-accusé de Kpatcha Gnassingbé dans l’affaire de Coup d’Etat, Lambert Adjinon avait révélé qu’un Colonel de l’Armée, patron d’un corps d’élite de l’armée, lui avait confié que l’Agence nationale de Renseignements (ANR) faisait des exécutions sommaires. En fait, cet que l’auteur du récit a dit avoir informé que ses éléments se rendaient coupables d’exécutions, a purement et simplement rejeté le tort sur l’ANR. Il n’a pas nié les exécutions.

Huit ans après, les « héritiers » continuent de se bagarrer autour des « biens de leur papa ». Après 38 ans de pouvoir sans partage dans les conditions que l’on connait, comment alors distinguer les biens privés de la famille présidentielle des biens de la Nation ? L’un des fils ainés de la famille Rock a ouvertement indiqué que l’héritage de leur papa est source de conflit au sein de la famille et qu’il ne cesse de recevoir des plaintes de ses autres frères et sœurs au sujet de la gestion que leur frère de président en fait. Il a avoué avoir été tenté une fois d’empêcher l’avion présidentiel d’atterrir, pour obliger son frère à la discussion.

Faure Gnassingbe

Huit ans après, beaucoup de Gnassingbé sont en prison. Comme jamais auparavant. Ceux qui sont en liberté n’ont aucune garantie qu’ils resteront libres de leurs mouvements pour longtemps. Les membres de la famille biologique sont bel et bien à couteaux tirés. La famille biologique ne l’est pas moins. La mutation du RPT (le parti du Rassemblement du père) en UNIR (le parti de l’Union du fils) ne se fait pas sans risque. Là aussi, jamais auparavant, le pouvoir n’a été aussi proche d’une implosion.

A Kara, ville originaire des Gnassingbé, pour une première fois, les étudiants appuyés par la population ont plusieurs fois osé défier les forces de l’ordre pour manifester leur ras-le-bol, dans le campus et en ville. Là encore, jamais auparavant.

Le front social de jours en jour, grouille. Aucun secteur n’est épargné. Médecins, enseignants, agents de télécommunications, populations victimes des exploitations de ressources naturelles, femmes de marché, étudiants au Togo et à l’extérieur, journalistes, même les agents de la police et de l’armée cherchent à se faire entendre sur leurs conditions de vie et de travail.

Tout ça (et d’autres encore) en huit ans. Seulement. Cependant face aux multiples enjeux délicats d’ordre social, économique et politiques, la réaction est très timide si elle n’est pas inexistante ou carrément vicieux. Lorsque, par exemple,  au lieu de créer des conditions pour des élections transparentes, on s’emploie à réprimer les manifestations des opposants et à mettre ceux-ci en prison, avouons que c’est machiavélique. Et le peuple Togolais ne semble pas vouloir d’un Machiavel à leur tête. Pour ça, les jours à venir risquent d’être délicats. Le Togo des Gnassingbé doit, enfin, redevenir un Togo des Togolais.

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2 réponses à “TOGO sous GNASSINGBE: 8 ans de FAURE, comme jamais 38 ans d’EYADEMA

  1. Très bel article et très belle analyse sur la situation après Éyadema. C’est dommage pour ce pays que l’alternance véritable tarde à venir. J’espère bien que les fils comprendrons que les temps où le père regnait en main de fer sont révolus et qu’il faut désormais s’inscrire dans la véritable démocratie. Courage à tous ceux qui se battent pour l’avènement de cette démocratie, au Togo et ailleurs en Afrique.

  2. Bien osé tout de même…

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