Lorsque la route devient un tombeau au Togo : Plusieurs morts signalés après les victoires des Eperviers

Célébration de la victoire des EperviersS’il y a des morts devant lesquelles l’homme et toute sa connaissance scientifique sont impuissants, il y en a aussi qui sont largement évitables. Elles sont gratuites lorsqu’elles surviennent. C’est le cas de certains Togolais qui ont perdu leur vie, dans la foulée de la célébration de la qualification des Eperviers pour les quarts de finale de la Can Afrique du Sud 2013.

   Dans la nuit de samedi à dimanche dernier, après la victoire du Togo sur l’Algérie, au moins trois Togolais ont perdu la vie dans des accidents de circulation. Plus de quarante-cinq autres ont été blessés dans la même nuit. L’information a été donnée mercredi dernier, lors d’une soutenance de thèse de doctorat, quelques minutes avant le troisième match des Eperviers qui a consacré définitivement la qualification du Togo pour les quarts de finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Et, justement, cette thèse qui a été brillamment soutenue ( avec mention très honorable) par le désormais Dr Pascal Ameganvi, a eu pour thème : « Profil épidémiologique des blessés par accident de la voie publique : étude régionale au Togo ».

            La thèse dont les recherches ont couvert la période de février à juillet 2010, a clairement identifié le « facteur humain » comme la principale cause des accidents au Togo. Dans les détails, l’impétrant a cité en tête de liste, l’excès de vitesse (39,10%), suivi dans l’ordre de l’entrave au code de la route ( 30,59 %), du mauvais état de la route (11,98%), de l’éthylisme (10,39%) et d’autres causes mineures, toutes choses largement évitables.

            Parmi les victimes de la route, l’impétrant a recensé 69,19% de motocyclistes (dont le tiers de taxi-moto); 16, 86 % de piétons, de conducteurs de voitures, de vélos et poids lourds. Les accidents surviennent beaucoup plus en fin de semaine qu’en début de semaine et touchent beaucoup plus les jeunes de 15 à 29 ans (41,82%), suivis de la couche de 30-44 ans (32,7%), les couches actives de la population.

Toutes ces statistiques font dire au Professeur agrégé Cdt Abalo, directeur de la thèse et chirurgien au service traumatologie du CHU Sylvanus Olympio, que le phénomène des accidents de circulation est un « problème de santé publique, véritable fléau».

            Le Professeur Dossim, président du jury et chef du service traumatologie, lui, se rappelle encore une période où le phénomène était circonscrit. « Après le décès tragique de notre joueur Kaolo dans les années 70, un décret avait été publié et faisait obligation aux motocyclistes de porter le casque. Tout allait bien jusque dans les années 90… A l’époque, les traumatismes craniens (ndlr : principales sources de décès dans les accidents de circulation) enrégistés au service traumatologie faisaient à peine 4% ».

            La recherche a permis également de savoir que 92% des victimes des accidents de circulation ne portent pas de casque. Aujourd’hui, il suffit que tous les motocyclistes adoptent le casque et que le code de la route soit respecté, surtout en matière de vitesse, que la fréquence des accidents chuterait drastiquement.

            Dans les années 2000, une première étude doctorale avait décrit l’ampleur des dégâts. Une décennie après, « les choses sont restées similaires », selon le Prof Abalo, la route continue dêtre un tombeau ouvert pour les usagers au Togo et dans le monde. Selon l’OMS, 1,2 millions de personnes décèdent chaque année du fait des accidents de la route dans le monde et 50 millions se blessent dans les mêmes conditions. D’ici 2020, le nombre de décès sera accru de 60%, annonce-t-on. Pour limiter la casse, les Nations-Unies ont désigné la période 2011-2020, la « décennie d’action pour la sécurité routière ».

            Malheureusement, sur le plan national, la situation ne semble guère susciter une réelle prise de conscience, ni au sein de la population, ni au niveau des gouvernants. Mercredi encore, quelques heures après la soutenance de ladite thèse, plusieurs témoignages ont signalé de nouvelles victimes dans la circulation, dans la fièvre de la célébration de la qualification du Togo. Le temps de finir de lire cet article, une vie s’est peut-être encore éteinte quelque part sur nos routes. Et l’hécatombe continue.

Maxime DOMEGNI

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