Exploitation du phosphate : Des jeunes de Hahotoé pertubent l’activité de la SNPT pour réclamer des embauches

L’activité minière dans la zone de Hahotoé et Dagabati était encore perturbée dans la matinée de mercredi 19 décembre dernier . Un groupe de jeunes venus de plusieurs villages environnants ont réussi à bloquer l’entrée de la Cité où logent les travailleurs de la Société Nouvelle des Phosphates du Togo à Hahotoé, les empêchant de sortir pour se rendre dans les carrières.

La scène a duré depuis la veille à 20h jusqu’à la matinée de mercredi, avant d’être décantée vers la mi-journée selon des témoins. Le groupe de manifestants, essentiellement des jeunes, réclamait principalement que la société recrute des fils des localités affectées par l’industrie d’extraction du phosphate. C’est d’ailleurs l’une des principales revendications exprimées depuis les années 90 par les communautés riveraines de l’exploitation du phosphate généralement.

« Regardez, ça fait 23 ans qu’ils exploitent le phosphate dans notre village à Abobo Zéglé, mais c’est seulement récemment, à peine de deux mois de cela, qu’un jeune de notre localité a été recruté à la SNPT», nous a déclaré, tout furieux, un responsable local. Une délégation conduite par un député de la localité, Apéké, est allée rencontrer mardi le Président de l’Assemblée nationale, Abass Bonfoh, sur demande de celui-ci. Ce dernier leur aurait promis de veiller au règlement de la cirse prochainement. Pas si sûr en tout cas, puisque M. Bonfoh, Président de l’Assemblée, n’a visiblement aucune prérogative contraignante dans le sens des revendications des populations.

Depuis le démarrage de la mine en 1958, selon l’Association des Sinistrés des Phosphates du Togo (ASIPTO), une entente entre la société minière et les populations accordait pourtant aux jeunes des villages miniers « une priorité à l’embauche ». Cette entente n’a visiblement pas permis le recrutement d’un nombre consistant de jeunes des localités concernées dans la société. « Et lorsqu’ils le sont, ce sont des agents subalternes», indique un observateur. C’est depuis les années 90 que les populations s’organisent pour réclamer la mise en œuvre de cette entente. En vain.

Il faut aussi dire que chaque fois, le front a eu du mal a résister au temps et à la corruption. ce qui en tout cas ne permet d’exercer une pression constante sur les différentes sociétés qui se sont succédé à la tête de l’exploitation. Celles-ci se contentent de faire leur business et de dégager des milliards au détriment des populations souvent privées de leur terres agricoles contre une rémunération de 3 francs le m2, exposées à de vilaines maladies comme la fluorose dentaire qui sévit dans la région et parfois même déplacées sans aucune indemnisation. Pendant que l’ « Etat » (disons plutôt le pouvoir et ses pontes) se sucre dans cette région d’où on extrait le premier produit d’exportation du pays, les populations, elle s’appauvrissent et les localités sont en proie à une forte exode rurale.

« A la place d’une vie meilleure dans un environnement où l’on doit profiter de cette manne, les populations sont expropriés sans dédommagement appropriés et font face à une pauvreté extrême, à de l’exode de leurs filles ou fils vers d’autres lieux ou vers la capitale et deviennent des laquais et des sous-fifres taillables et corvéables à merci », a publié il y a quelques mois ASIPTO, dans un communiqué. Depuis les années 50 jusqu’à ce jour, le cadre légal relatif à l’exploitation minière a évolué. En mai 2011, l’Assemblée nationale a voté une loi dit du « 05 mai » « relative à la Contribution des entreprises minières au développement local et régional ». Cet instrument prévoit clairement que « tout exploitant de ressources minières, titulaire de permis d’exploitation à grande ou à petite échelle ou titulaire d’une autorisation d’exploitation artisanale tel que défini par le Code minier, est tenu de contribuer au développement local et régional. (…) La contribution consiste en une participation financière et en la réalisation d’œuvres socio-économiques et communautaires par l’exploitant dans la préfecture concernée par l’exploitation ». En voilà une disposition légale qui devrait pousser la SNPT a accorder plus d’attention aux populations affectées par son activité.

L’industrie d’exploitation de phosphate au Togo touche trois préfectures et plusieurs villages. Dans le Vo il y a Hahotoé, Akoumapé, Tchilimé, Akatcham, Gnita, Vo-Attivé, Sévagan, Wogba, Gagbati, etc. Dans le Zio, il y a Kpomé, Akadjamaé, Abobo, Zéglé, Djogblakopé, etc. Dans les Lacs, Agbodrafo, Séwatrikopé, Kpémé, Gounoukopé, Djasséme, etc. Le bras de fer semble avoir de longs jours devant lui.

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