Afrique de l’Ouest : Les changements climatiques font le lit à l insécurité alimentaire

Lors d’un forum organisé par le gouvernement togolais au profit des paysans en 2010, l’un des participants, s’adressant publiquement au chef de l’Etat, est formel : ce sont les ancêtres qui, fâchés, empêchent la régularité des pluies dans le pays. Et pour lui, le gouvernement doit faire des sacrifices aux mannes des ancêtres pour implorer la grâce de ces derniers au profit du monde paysan. Malheureusement, les changements climatiques ne sont pas juste ça. Dans les champs, dans le ventre, dans la poche, et même dans la tête, les répercussions des changements climatiques sont omniprésentes dans l’Ouest de l’Afrique.

En Afrique de l’Ouest, les efforts des paysans sont hypothéqués par le phénomène du Changement climatique

Les pays de l’Afrique de l’Ouest sont exposés à de graves crises alimentaires. Le cas de certains pays du Sahel comme le Niger peut surprendre peu, vu la fréquence de la famine dans ce pays, l’un des plus pauvres de la sous-région. Mais voilà le phénomène s’élargit et risque de ne plus épargner les autres pays. D’année en année, des déficits de production sont enregistrés dans beaucoup de pays de la zone. Huit Chefs d’Etat et de gouvernements des pays membres de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) se sont inquiétés lors d’un sommet en début de mois de juin à Lomé « de l’incidence de la forte baisse des récoltes de la campagne agricole 2011-2012 sur la sécurité alimentaire des populations, notamment dans les pays de l’hinterland ».

En effet, les cultures vivrières sont particulièrement touchées et un an la production a chuté de 17% dans la zone, de 2011 en 2012 ; ce qui non seulement affecte les capacités financières des paysans producteurs mais surtout rend vulnérable la situation alimentaire dans la zone. Et pour cette nouvelle campagne 2012-2013, les perspectives ne sont pas forcément encourageantes. En conséquence, les acteurs ne cachent plus leurs appréhensions. « Vu les prévisions, cette année il y aura crise dans les pays du Sahel, parce qu’il n’a pas plu», avertit Arthur Zogan, ingénieur agroéconomiste, Chargé des programmes à la Coordination Togolaise des Organisations paysannes et de Producteurs agricoles (CTOP).

Lors d’une réunion de haut niveau sur la crise alimentaire et nutritionnelle des Etats membres de la CEDEAO du début du mois de juin 2012 qui a regroupé les ministres en charge du secteur dans les pays membres et quelques hauts fonctionnaires, un rapport est présenté sur la situation. « En Mars 2012, environ 6 millions de personnes étaient en insécurité alimentaire sévère et la situation risque de se détériorer davantage pour d’autres millions de personnes », ont estimé les experts.  Parmi les principaux facteurs à l’origine de l’insécurité alimentaire dans la sous-région, les participants ont placé les changements climatiques en tête.

M. Zogan explique comment les producteurs vivent la situation : « Les pluies n’arrivent pas à temps et quand il y a pluie, il pleut abondamment et le producteur ne sait pas quand semer ; des fois des gens sèment et la pluie s’arrêtent de façon brusque. Cette instabilité fait que même les structures d’appui conseil n’arrivent plus a aider les paysans».

Tout en déplorant le sort des producteurs de son pays, l’agronome plaint particulièrement les Sahéliens qui subissent plus les caprices de la nature : « On a un peu de chance qu’au Togo au moins on arrive à produire, il y a des pays dans la sous-région où il n’y a même pas de pluie ; l’année passé, j’étais à Dakar (Sénégal) toute l’année il n’a plu plus de quatorze jours», témoigne-t-il. Malheureusement, en Afrique de l’Ouest, la production agricole est presque totalement dépendante de l’environnement à un taux évalué à plus de 95%. C’est donc une frange importante de l’économie de la sous-région qui semble être très hypothétique du fait de l’instabilité climatique qui secoue la région.

En plus d’être économique, le phénomène est aussi social puisqu’ayant une répercussion directe sur la sécurité alimentaire et même sur la paix social au sein des différents pays. Pour l’instant le constat est là, le changement climatique menace sérieusement les pays de l’Afrique de l’Ouest. Mais pas grande chose ne semble être encore possible pour limiter considérablement les dégâts, en dehors de quelques initiatives prises çà et là  et d’envergure d’ailleurs très réduites. « On n’est pas prêt à faire face à ce phénomène et ça s’accentue de jour en jour », s’alarme un paysan.

Maxime DOMEGNI

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s