Nouvelle campagne de lutte contre le VIH/SIDA: Atteindre l’ojectif zéro à partir de Kpalimé

Atteindre zéro contamination en matière de VIH-SIDA au Togo, c'est possible

Le monde entier vient de se donner quatre ans pour ramener les nouvelles contaminations, les stigmatisations et les décès à l’ambitieux chiffre zéro. Pour les officiels et les acteurs sociaux, le coup est jouable. Même à Kpalimé.

Jeudi 1er décembre 2011. Ce matin, pas de classe à l’Ecole Primaire Publique Centrale de Kpalimé, au pied des monts Kloto. Les deux apatams situés de part et d’autre d’un podium, installé pour la circonstance, ont transformé la cour en un véritable lieu de spectacle. Discours officiels et représentations théâtrales se succèdent pour attirer l’attention du grand public, composé majoritairement de jeunes, sur le Sida. Cette fois le ton n’est pas très alarmiste, même s’il faut toujours rappeler de temps en temps les conseils utiles de prévention devenus banals pour certains.

C’est la 24e Journée Mondiale de lutte contre le SIDA. Cette année, le thème est audacieux : « Objectif zéro : zéro nouvelle infection à VIH, zéro discrimination et zéro décès lié au Sida », à l’échéance 2015. Pour le ministre de la Santé, Prof Charles Kondi Agba, « il y a espoir ; espoir raisonnable, réaliste et réalisable ».

Mais le membre du gouvernement pose quelques conditions et indique des  pistes prioritaires. « Si les femmes acquièrent la capacité de se protéger et si les jeunes veulent bien adopter des comportements qui réduisent le risque de s’infecter, l’objectif zéro infection n’est pas loin », lance le ministre, et par ailleurs deuxième Vice-Président du Conseil national de lutte contre le Sida (CNLS) présidé par le Chef de l’Etat. « Si nous y ajoutons des services pour que les enfants qui naissent désormais le soient sans infection et grandissent dans les mêmes conditions, nous réduiront progressivement et sensiblement le nombre de nouvelles infections au VIH d’ici 2015 », ajoute Charles Kondi Agba qui conclut que « zéro discrimination suppose que la loi portant protection des personnes en matière du VIH/SIDA doit s’appliquer dans toute sa rigueur ».

On le voit, le discours politique tend à rassurer. De même, les acteurs sur le terrain, ne sont pas moins optimistes. « Aide Médicale et Charité » (AMC) est la seule ONG qui fait dans la prise en charge globale des personnes vivant avec le VIH Sida à Kpalimé, ville située à 120 Km au Nord-Est de la capitale Lomé et qui a eu l’occasion d’abriter cette année les manifestations nationales de la Journée Mondiale. Située dans une région dont le taux de prévalence est l’un des plus élevés du pays, 3,5% en 2010, contre une moyenne nationale de 3%, Kpalimé est l’une ville où le défi est l’un des plus imposants.

Responsable de la collecte des données statistiques au sein de l’ONG, Gisèle est bien consciente de l’enjeu. Elle sait par exemple que prêcher l’abstinence dans cette ville commerciale, hautement touristique, c’est prêcher dans le désert. « Ici abstinence non, préservatif oui ; l’activité sexuelle est très développée et très précoce », prévient-elle. Mais, aujourd’hui plus qu’hier, elle croit que l’objectif zéro contamination est à la portée de main. « On a démarré une campagne de dépistage depuis quatre jours, on a dépisté cent cinquante personnes et seulement cinq cas se sont révélés positifs, ce qui montre que la situation  s’améliore, et si cela se poursuit ainsi, on peut atteindre l’objectif zéro contamination », témoigne cet acteur social. L’annulation des décès liés au VIH/SIDA est une autre cible visée par la nouvelle campagne. Toute l’année 2011 Gisèle et ses collègues n’ont constaté que trois cas dans la ville. Ce qui les réconforte dans leur optimisme.

C’est possible. Mais comment y parvenir ? Assiongbon Sowanou, premier  responsable de l’ONG dans cette localité entrevoit déjà des difficultés. « La population en elle-même, dans des comportements de tous les jours, constitue pour nous une contrainte. C’est difficile de la mobiliser pour des sensibilisations ». Dans une société où les atteintes aux mœurs sont légion, l’indifférence des populations par rapport aux messages de sensibilisation est une sérieuse préoccupation des acteurs sociaux. La situation nécessite de nouvelles approches. Ce que M. Sowanou et ses collègues n’ont pas hésité à adopter. « Comme les gens ne viennent pas à l’information ni ne répondent aux invitations,  nous avons des conseillers qui vont vers les populations, même dans les contrées reculées de la région », explique-t-il. C’est d’ailleurs cette approche qui a permis de mobiliser en quatre jours plus de cent cinquante personnes qui ont accepté de venir se faire volontairement dépister au siège de ladite organisation à qui plusieurs centaines de préservatifs ont été distribués. La stratégie est éprouvée et pourra être accentuée dans les mois à venir.

La marche vers l’objectif des trois zéro, pour aboutir, doit franchir nombre d’obstacles à l’instar de celui de la prise en charge des personnes vivant avec le VIH. Depuis novembre 2008, les antirétroviraux sont rendus gratuits par l’Etat et ses partenaires stratégiques. Mais à ce jour, c’est seulement 62% des personnes dans le besoin qui sont couvertes par la gratuité. Il y en a plusieurs auxquelles la porte de la gratuité est fermée aux nez et qui attendent toujours leur intégration au processus. Et pour cause, pour bénéficier de cette gratuité, il faut préalablement avoir été enregistré dans les archives de l’Etat, ce qui est un parcours de combattant. Au sein de la société civile au Togo, plusieurs organisations disposent d’une liste de personnes « mourantes »  mais qui n’ont toujours pas le carnet d’accès à la gratuité, donc sont obligés de se contenter d’autres produits par défaut. Dans ces ONG, des solutions intermédiaires sont prévues : des pharmacies communautaires.

Au sein  de l’Ong AMC, on retrouve cette structure pharmaceutique communautaire qui est au chevet aussi bien de ceux qui ont accès aux ARV que de ceux n’y ont pas encore accès, et qui met à leur disposition des molécules médicales contre une modique contribution de cent francs CFA. Il s’agit là de l’un des instruments principaux de la prise en charge globale des PVVIH qui bénéficient également d’appuis nutritionnels et psychosociologiques.

Comme on le voit, sur le terrain, sans attendre l’Etat, des acteurs de la société civile trouvent les moyens d’organiser la riposte, à leur manière. Cependant, sans un accompagnement plus intense des autorités publiques qui organisent mieux toute la riposte nationale en concertation avec ceux qui portent à bout de bras cette lutte jusque dans les hameaux du Togo, les efforts continueront d’être éparses et les maigres résultats seront rapidement étouffés.  Les 130 000 personnes infectées, toutes les personnes affectées et à risque n’en demandent pas plus.

Maxime DOMEGNI

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s